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La loi de plus en plus remplacée par des décrets ou des arrêtés
Tout un chacun a déjà pu constater la disparition des référendums de notre processus législatif. Ils sont régulièrement évoqués, mais ne sont plus mis en œuvre depuis vingt ans. De fait, ils ont disparu de la réalité législative de notre pays.
Cette disparition de la consultation directe de la population pour établir les normes légales applicables est justifiée par l’État par le fait que, constitutionnellement, la population — le peuple — s’exprime par le biais de ses représentants, les députés, représentants qu’il élit et donc choisit librement. La souveraineté nationale appartient au peuple, qui l’exprime par ses représentants. Ce sont donc les représentants élus par le peuple qui écrivent et votent les lois applicables dans notre pays.
Le problème, aujourd’hui, c’est que l’on se rend compte que les lois discutées et votées par les représentants de la population deviennent elles-mêmes de plus en plus rares, remplacées par des décrets ou des arrêtés pris par le seul gouvernement. Gouvernement élu, lui, par personne.
Ainsi en est-il, par exemple, des dispositions relatives aux loups en France. Alors que le Premier ministre ne cesse de dire que la gestion de la population de loups doit être discutée dans le cadre d’une loi d’urgence sur l’agriculture au Parlement, c’est par deux arrêtés publiés ce 24 février 2026 que le gouvernement décide de la destruction de 21 % de la population totale de loups en France, sous couvert de protection des troupeaux et de la recherche scientifique. Ainsi, le gouvernement esquive tout débat sur la question, débat tant dans la population qu’entre représentants du peuple. Le peuple n’a pas son mot à dire sur ce plan de destruction massif.
On peut multiplier ainsi les exemples où les lois parlementaires sont de plus en plus souvent remplacées par des normes réglementaires. Remplacement qui est d’ailleurs au cœur du débat actuel sur la programmation pluriannuelle de l’énergie en France.
En effet, qui doit débattre et décider de la planification de la production d’énergie en France (notamment la part de production nucléaire ou éolienne, etc.), avec les budgets associés à cette planification ? Traditionnellement, les lois de planification relèvent de la compétence du Parlement. C’est au Parlement de débattre et de décider des politiques majeures qui engagent la société sur plusieurs années. Eh bien, le gouvernement a décidé que cette compétence lui revenait à lui seul et c’est par un décret en date du 12 février 2026 que le gouvernement décide, seul dans son coin, de ce que sera la production d’énergie en France dans les prochaines années.
Pour tenter d’éviter cette captation outrancière du pouvoir législatif par le gouvernement, deux motions de censure ont été déposées à l’Assemblée, justement sur ce sujet. Mais il y a très peu de chances que ces motions soient adoptées, la grande majorité des députés n’étant pas mécontents de ne plus avoir à travailler ni à débattre sur ces sujets pour pouvoir se consacrer à leurs circonscriptions…
À retenir, donc, que de plus en plus de règles applicables en France sont purement d’origine gouvernementale et non plus parlementaire. Que si, aujourd’hui, le gouvernement peut seul décider, par exemple, du nombre de trimestres nécessaires pour la retraite ou du nombre de loups qui doivent être détruits, demain ce sera le nombre de personnes devant être assistées pour mourir qui sera ainsi décidé. Après le peuple, ce sont ses représentants qui, de fait, ont de moins en moins le pouvoir d’édicter les lois en France. |
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