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Convention citoyenne sur le temps de l'enfant ou la mort prévisible d'un outil de décision populaire.
Vous souvenez-vous du dernier référendum sur un sujet sociétal ayant eu lieu en France ? Et bien c'est simple il n'y en a jamais eu.
Oui toute notre vie en société n'est basée que sur des normes législatives ou réglementaires, dont la base reste le Code Civil de 1804, code, qui n'a jamais lui-même fait l'objet d'un référendum. Depuis cette date, toutes les modifications de nos modes de vie en société ne sont que le fait du législateur. De la date de la majorité fixée à 18 ans en 1974 jusqu'à la PMA pour toutes en passant par l'abolition de la peine de mort, l'avortement ou le mariage pour tous, aucune réforme sociétale n'a jamais été approuvée par référendum. Même le changement d'heures ou la pose obligatoire de compteurs électroniques comme le Linky n'ont jamais été approuvés par référendum.
La prérogative reconnue à l'Etat de réglementer la vie en société est en revanche issue d'un référendum. Celui ayant abouti à l'adoption de la Constitution de 1946, dont le préambule, maintenu par la Constitution de 1958, dispose que c'est la Nation qui assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement. Mais cette prérogative ne s'exerce que par la loi ou le règlement et jamais par référendum. Et pas question d'y venir dans le futur. Ainsi, le droit à mourir ou euthanasie active est de la seule compétence du législateur, aucun référendum prévu sur le sujet.
L'absence d'approbation référendaire de ses règles sociétales pose la question de leur acceptation par la population. Beaucoup sont en effet acceptées par contrainte, quand d'autres sont ouvertement contestées. L'absence de volonté populaire exprimée prive nos normes sociétales d'une base de légitimité enjoignant l'ensemble de la population à l'accepter et l'appliquer sans aucune réserve.
Les sondages d'opinions (largement diffusés dans les médias) servent très souvent de justificatifs au législateur pour fonder sa décision. Le fait qu'une majorité de la population exprime son approbation sur un sujet dans un ou des sondages permet au législateur de s'appuyer dessus pour justifier son vote. Mais les sondages n'ont pas en eux-mêmes une valeur absolue au regard de l'opinion et leur effet est donc insuffisant pour combler l'absence d'approbation référendaire.
Cette absence de référendums pour les prises de décisions sociétales a été l'un des vecteurs de la colère des gilets jaunes de 2019. L'une des revendications des gilets jaunes était la possibilité d'organiser des référendums d'origine citoyenne sur tous les sujets, en ce compris des référendums révocatoires visant des élus. Et c'est pour répondre à cette revendication que le Président de la République, Emmanuel Macron, a inventé un nouvel outil décisionnel, à savoir la Convention citoyenne.
Une convention citoyenne, c'est la réunion d'un nombre fixé à l'avance de citoyens tirés au sort pour débattre et faire des propositions sur un sujet donné. Propositions devant servir de base à l'édification de normes législatives et/ou réglementaires conformes à ces propositions. Tel est le cas auourd'hui, par exemple pour le projet de loi relatif au droit à mourir dans la dignité qui se veut la transposition de l'une des propositions de la Convention citoyenne sur la fin de vie qui a eu lieu en 2022.
Le but est de donner, par cette convention, une légitimité populaire (au sens de souveraineté populaire) à une norme législative ou réglementaire en amont de son processus d'adoption (le projet ou la proposition) plutôt qu'à l'aval, à savoir l'adoption de la norme. La norme est légitime puisqu'elle est issue d'une volonté populaire retranscrite et adoptée par le législateur.
Cet outil, déjà utilisé plusieurs fois, pouvait donc apparaître comme la synthèse parfaite entre l'aspiration de la population à participer au processus d'élaboration des normes et la volonté du législateur de garder la main sur l'approbation des normes sociétales. Du moins jusqu'au rapport de la Convention citoyenne sur les rythmes de l'enfant paru ce jour.
En effet, en mettant en place cette Convention citoyenne sur les rythmes de l'enfant, l'Etat avait la certitude que celle-ci adopterait les évolutions voulues par celui-ci, à savoir une semaine comprenant 4 jours d'écoles et une réduction importante du nombre de jours de congés notamment en été. Le but de la convention était de légitimer la semaine de 4 jours avec réduction des vacances pour ensuite transposer ce modèle au reste de la société, notamment dans le monde du travail, avec la généralisation de la semaine de 4 jours (pouvant aller jusqu'à 13 heures de travail par jour).
Bien loin de légitimer les évolutions voulues par l'Etat la convention propose à l'inverse de revenir en arrière. De remettre en place la semaine de 5 jours d'écoles et de ne pas toucher aux vacances scolaires, sauf à réduire à deux le nombre de zones géographiques pour les dates de vacances. L'exact opposé de ce qui était voulu.
Quid maintenant de cette volonté exprimée ? Certes elle n'interdit pas formellement le gouvernement de passer outre et d'imposer la norme qu'il souhaite mais avec quelle légitimité ? Comment admettre l'adoption et la mise en pratique de normes que la volonté populaire, même restreinte à un panel, a refusées ? Mieux, comment refuser ce retour en arrière et mettre en œuvre la norme demandée par la Convention ? L'outil de décision se retoune contre son créateur. Il devient un piège qui rend impossible l'évolution sociétale voulue par l'Etat, sauf à recourir à un référendum, un vrai cette fois.
Créée pour suppléer à l'absence de référendum et légitimer les évolutions sociétales voulues par l'Etat, la Convention citoyenne a donc vécu. Elle ne permet pas un contournement à coup sûr de l'absence de consultation directe et peut même se transformer en obstacle à la mise en œuvre de l'évolution souhaitée. Peu de chances donc qu'elle survive à la fin du mandat de son créateur. |
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