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Le Conseil constitutionnel humanise (un peu) la lutte contre la fraude sociale
Dans sa décision du 18 juin 2026, le Conseil constitutionnel humanise (un peu) les modalités de la lutte contre la fraude sociale voulues par le législateur, notamment à l'égard des bénéficiaires de l'ASPA et des demandeurs d'emploi.
En effet, de nombreuses personnes âgées vivant seules et en perte d'autonomie n'ont souvent d'autre alternative que d'entrer en EHPAD pour bénéficier d'une aide et d'une assistance au quotidien. Elles décident alors de vendre leur maison et de placer le produit de cette vente dans une assurance-vie avant leur entrée en établissement.
Cependant, beaucoup n'ont pas les moyens de payer les mensualités réclamées par l'EHPAD dans lequel elles résident et sont donc contraintes de demander l'APA (allocation personnalisée d'autonomie) afin d'en financer une partie.
Mais, pour bénéficier de certaines aides sociales, il ne faut plus disposer d'un patrimoine dépassant certains seuils. Qu'il s'agisse de biens immobiliers ou d'assurances-vie, ces éléments doivent être déclarés et sont pris en compte dans l'évaluation des ressources. Pourtant, des personnes qui ont travaillé toute leur vie n'imaginent pas ne rien laisser à leurs héritiers. Elles souhaitent transmettre quelque chose à leurs enfants, qui auront parfois eux-mêmes à contribuer aux frais d'EHPAD au titre de l'obligation alimentaire. C'est notamment pour cette raison qu'elles ont souscrit une assurance-vie avec l'argent issu de la vente de leur maison.
Par ignorance, parce qu'il leur paraît difficile d'imaginer que l'État puisse exiger un tel appauvrissement préalable, ou par refus de cette logique, certains demandeurs omettent de déclarer cette assurance-vie lorsqu'ils sollicitent une aide sociale.
C'est précisément pour poursuivre et sanctionner ces situations considérées comme frauduleuses que la loi relative à la lutte contre la fraude sociale élargit considérablement l'accès aux fichiers fiscaux relatifs aux transactions immobilières et, surtout, aux détenteurs d'assurances-vie. Pour le législateur, de nombreux agents territoriaux, employés des organismes de sécurité sociale ou agents de l'État devraient pouvoir accéder à ces fichiers afin de détecter et sanctionner les fraudes aux prestations sociales.
Le Conseil constitutionnel a validé le dispositif, mais il a formulé des réserves concernant cette traque des fraudeurs à l'ASPA. Il estime que l'accès aux fichiers fiscaux relatifs au patrimoine et aux assurances-vie doit être réservé aux agents de l'État placés sous l'autorité directe du préfet, et uniquement dans le cadre d'un contrôle soumis à une procédure stricte respectant les droits de la défense. Il faudra voir si, dans les décrets d'application, le gouvernement reprend les réserves ainsi formulées par le Conseil constitutionnel.
On est loin du profil caricatural du jeune bénéficiaire d'allocations qui se vanterait sur les réseaux sociaux de vivre uniquement des aides publiques. Il s'agit ici de personnes âgées vivant en EHPAD, ayant travaillé toute leur vie et n'imaginant pas qu'il puisse leur être interdit de laisser quelque chose à leurs enfants. Mais l'État se montre inflexible.
Dans sa grande clémence, le législateur offrira toutefois, à compter du 15 juillet 2026, le droit de mourir dans la dignité à ceux qui se verraient ainsi rattrapés par ces contrôles et qui ne supporteraient pas l'idée de tout perdre sans pouvoir rien transmettre à leurs enfants pour continuer à survivre en EHPAD. À défaut de permettre aux personnes de vivre, ou simplement de survivre, dans la dignité, le gouvernement leur permettra de mourir dans la dignité afin de mettre fin à leurs souffrances et au déshonneur d'être considérées comme des fraudeurs.
S'agissant des demandeurs d'emploi, la loi offre à France Travail et aux organismes de sécurité sociale la possibilité de suspendre, totalement et à titre conservatoire, le versement des prestations sur simple présomption de fraude, pendant deux ou trois mois.
Peu importe qu'il y ait des enfants ou des personnes âgées à charge au sein du foyer : tout le monde doit supporter les conséquences du soupçon de fraude pesant sur le déclarant ou la déclarante.
Le Conseil constitutionnel a néanmoins témoigné d'une certaine préoccupation pour ces enfants et ces personnes à charge en précisant que cette suspension ne saurait être totale, qu'elle doit préserver un minimum de ressources permettant de vivre et qu'elle ne doit pas remettre en cause l'accès aux soins. Là encore, il faudra voir si le gouvernement respecte ces réserves dans ses décrets d'application. La lutte contre la fraude sociale semble être devenue une priorité majeure de l'État. Peu importe, selon ses détracteurs, qu'elle conduise au déshonneur et au désespoir de certaines personnes âgées ou qu'elle prive temporairement des familles de ressources essentielles. L'aide sociale a bien changé.
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